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Localité : Godbout GODBOUT Le village actuel de Godbout est situé près de la rivière du même nom, autrefois appelée "rivière-aux-remous" par les autochtones. Au temps de la Nouvelle-France, cette rivière à saumon a été rebaptisée en l’honneur d’un navigateur qui venait assez fréquemment sur la Côte-Nord. C’est dans un texte de 1670 que l’on retrouve cette appellation pour la première fois quand un missionnaire Jésuite vint rencontrer, à la rivière "Godebout" comme il l’écrit, un groupe d’autochtones de la région de Sept-Îles, les Oumamioueks. Quelques années plus tard, en 1684, on voit apparaître sur la rivière un poste de traite de fourrures qui va desservir d’abord les gens de Sept-Îles, puis les groupes autochtones installés à demeure autour du poste. Le petit poste devient beaucoup plus important à partir de 1720 avec l’exploitation du loup-marin. On le chasse pendant l’hiver et ce, à deux endroits bien précis: la Pointe à la Croix du côté ouest du village et à la Pointe des Monts du côté est. Pendant l’hiver, les courants font que l’un des côtés de chacune des deux pointes est dégagé des glaces en permanence et les autochtones peuvent ainsi se rendre à la chasse en canot. Les animaux sont chassés au fusil lorsqu'ils sont dans l’eau; une fois morts, les loups-marins sont hissés dans les canots (ce qui était sans doute assez périlleux) et ramenés sur la berge où on en recueille le gras. A l’époque, le loup-marin n’était par chassé juste pour sa viande mais aussi pour l’huile qu’on pouvait en tirer: le gras est fondu et mis dans des barils, puis vendu à bon prix. Le poste est relativement important car on va compter, vers 1850, dans la région Godbout - Pointe-des-Monts - Pointe à la Croix, jusqu’à vingt-cinq familles de chasseurs de loups-marins. On les appelle les Montagnais de la mer, car ces autochtones vivent de la chasse maritime pendant l’hiver et de la pêche au saumon pendant l’été. Ils demeurent presque en permanence sur le littoral sauf une partie de l’automne où ils remontent en forêt. C’est à partir de 1860 que le peuplement blanc commence vraiment dans la région de Godbout. Au début, il s’agit d’anciens employés du poste de traite alors géré par la Compagnie de la Baie d’Hudson; d’abord, un certain Théodule Savard, puis le fils d’un autre employé, Napoléon-Alexandre Comeau. À peine âgé d’une douzaine d’années, celui-ci s’installe au village pour s’occuper de la rivière à saumon. Cette rivière est en effet devenue un club privé où seulement des privilégiés peuvent pêcher le saumon. Napoléon-Alexandre Comeau qui parle couramment le montagnais, l’anglais et le français gère la pêche et surveille les braconniers. Les Montagnais perdent du coup l’accès à la rivière et sont empêchés d’exercer leur pêche de subsistance traditionnelle au saumon. Au cours des années suivantes, la population blanche augmente progressivement. Des chasseurs et des pêcheurs s’installent, entre autres des Marin et des Labrie originaires de la Rive-Sud. En contrepartie, la population autochtone diminue graduellement et au tournant du siècle, de rares familles autochtones restent en place. La plupart des autres ont rejoint la Réserve de Betsiamites. On franchit une étape importante dans la vie du village quand une compagnie forestière, la St-Régis, va commencer l’exploitation industrielle à grande échelle des forêts de l’arrière-pays. Des infrastructures sont mises en place: un quai, un barrage, un arboriduc (sorte de ruisseau artificiel) ainsi qu’un réseau de chemins pour rejoindre les camps forestiers. Au village, on ajoute un hôtel, des magasins, des maisons, une "cookerie" et même un dispensaire. C’est toute une série de services qui se mettent en place et Godbout devient un petit village industriel modèle, typique de la Côte-Nord de cette époque. En 1926, une paroisse est constituée autour d’une chapelle en attendant la construction d’une grande église, en 1948. Jusqu’en 1961, tous les villages de la Côte-Nord sont ravitaillés par les bateaux d’une compagnie, la Clarke Steamship, mais par la suite, la route 15 (qui deviendra la route 138) relie Godbout à Franquelin à l’ouest et à Baie-Trinité à l’est. L’année suivante, un service de traversier est mis en place pour relier la Côte-Nord à Matane sur la Rive-Sud, c’est la traverse Godbout - Matane qui existe encore aujourd’hui. Tout va bien jusqu’en 1971 alors qu’une catastrophe s’abat sur le village, la compagnie cesse ses opérations et ferme son moulin. Depuis le départ de la compagnie, le village vit une certaine crise de l’emploi. Les plus jeunes doivent chercher du travail ailleurs ce qui se traduit par un certain vieillissement de la population. Aujourd’hui, c’est la traverse Matane - Godbout qui demeure le principal employeur, soit directement, soit par le travail dans les restaurants ou gîtes avoisinants. Le tourisme relié à la rivière à saumon est aussi important. La rivière demeure toujours un club mais une partie est maintenant accessible au public et une pourvoirie a été mise en place. En général, on travaille à développer les activités entourant la pourvoirie, le tourisme, les loisirs pour créer de l’emploi même si ces activités sont saisonnières. Godbout est dans l’ensemble un très beau village, localisé dans un endroit extraordinaire et où on est fier de son passé. Un des enfants du village est Napoléon-Alexandre Labrie qui a été le premier évêque de la Côte-Nord. Monseigneur Labrie était le fils de l’un des pionniers du village de Godbout et qui a laissé son nom à une multitude d’institutions sur la Côte-Nord. Texte de Pierre Frenette, professeur d'histoire
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